La compétence peut être un piège
Imaginons la situation suivante : vous faites vraiment bien votre travail. Vous recevez des compliments, les résultats sont au rendez-vous, vous êtes respecté par votre entourage. Et pourtant, au fond de vous, vous vous sentez vide.
Cela semble paradoxal. « Pourquoi ne suis-je pas satisfait d’un travail que je fais si bien ? »
Marcus Buckingham a abordé cette question dans son étude sur les points forts (Now, Discover Your Strengths, 2001). La distinction fondamentale est la suivante : la compétence, c’est « ce que tu fais bien », tandis que le point fort, c’est « ce qui te rend plus fort et te donne de l’énergie quand tu le fais ». Souvent, ces deux notions se recoupent. Mais lorsqu’elles ne coïncident pas, la carrière peut se transformer en piège.
Tu le fais parce que tu es doué, on attend cela de toi parce que tu es doué, et il t’est difficile d’y renoncer parce que tu es doué. Le système te maintient à cette place.
Les compliments orientent dans la mauvaise direction
Le mécanisme des compliments joue un rôle crucial dans la formation de ce piège. Dès l’enfance, nous nous construisons en fonction de ce qui est valorisé. Lorsque vous faites quelque chose de bien, vous recevez des compliments ; vous vous investissez davantage dans cette activité, vous vous améliorez, et vous recevez encore plus de compliments.
Ce cercle vicieux peut éloigner la personne du domaine qui lui procure véritablement de l’énergie, pour la conduire vers un état où elle est compétente mais épuisée.
Les recherches d’Amy Wrzesniewski confirment cette dynamique : elles montrent qu’une même tâche objective génère des niveaux d’énergie très différents selon les personnes. « Être bon » n’est pas synonyme de « puiser de l’énergie ».
Le concept de « capital de carrière » de Cal Newport
Dans son ouvrage So Good They Can't Ignore You (2012), Cal Newport critique le slogan « suivez votre passion ». Il propose à la place le concept de « capital de carrière » : des compétences rares et précieuses qui ont de la valeur sur le marché.
L’argument de Newport : la satisfaction dépend de l’autonomie, de la maîtrise et de la compréhension au travail. Pour y parvenir, il faut du capital de carrière. Et ce capital de carrière peut souvent être construit à partir des compétences existantes.
Ce cadre offre un moyen de sortir du piège : il ne s’agit pas de remettre à zéro ses compétences existantes, mais de les utiliser dans une nouvelle direction. Vous n’êtes pas obligé d’abandonner ce dans quoi vous excellez — mais vous pouvez choisir comment vous allez vous en servir pour aller plus loin.
La frontière entre ce qui donne de l’énergie et ce qui en prend
L’outil pratique proposé par Buckingham : noter, pendant une semaine, quelles tâches vous donnent de l’énergie et lesquelles vous en prennent. Cette liste n’est pas une carte des compétences ; c’est une carte de l’énergie.
Les activités qui vous dynamisent se trouvent souvent là où on ne les attend pas. Ce n’est peut-être pas le travail analytique, mais le contact avec les autres. Ce n’est peut-être pas la solution technique, mais l’enseignement. Ce n’est peut-être pas la grande stratégie, mais les petites tâches minutieuses.
Cette carte constitue le point de référence le plus clair pour l’orientation professionnelle.
« Un point fort n’est pas ce que vous faites bien ; c’est ce qui vous rend plus fort lorsque vous le faites. » > Marcus Buckingham, Now, Discover Your Strengths, 2001
Le point de vue de Cevvela
- La compétence et le point fort sont deux choses différentes ; être bon dans un domaine ne garantit pas que cela vous donne de l’énergie (Buckingham, 2001).
- Le mécanisme de la reconnaissance peut orienter une personne non pas vers ce qui lui donne de l’énergie, mais vers ce qui lui vaut l’approbation.
- Le capital de carrière se construit à partir des compétences existantes ; il n’est pas toujours nécessaire de tout remettre à zéro pour sortir d’un piège (Newport, 2012).
- La carte de l’énergie est la source d’information la plus claire pour la prise de décision : quelles tâches vous donnent de l’énergie, lesquelles vous en font perdre.
- Le coaching peut être utilisé dans ce processus pour mettre en évidence le décalage entre compétences et énergie et trouver des moyens d’orienter son capital de carrière dans une nouvelle direction.
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