Articles | Cevvela
Articles
Cevvela·6/1/2026·7 min de lecture

Pourquoi est-ce si difficile de choisir une université ?

Le problème ne réside pas dans la filière, mais dans la question

Ce qui rend le processus de choix d'université difficile, ce n'est pas le risque de faire un mauvais choix, mais la question elle-même. En te demandant « Quelle filière choisir ? », tu te poses en réalité la question suivante : « Qui est-ce que je veux devenir ? » Et ce n’est pas une question à laquelle on est censé répondre à 17 ans.

Erik Erikson définit le développement de l’identité comme un processus qui s’étend sur toute la durée de la vie. À l’adolescence, l’individu oscille entre « la découverte de l’identité » et « la crise d’identité » (Identity: Youth and Crisis, 1968). Le choix de l’université est une décision que l’on est censé prendre en plein cœur de cette crise. Il n’est donc pas surprenant que le résultat pèse si lourd.

Pourquoi la multiplicité des choix n’aide-t-elle pas ?

La Turquie compte des centaines d’universités et des milliers de filières. En théorie, cette diversité est une opportunité. Dans la pratique, c’est tout le contraire.

Dans son ouvrage intitulé The Paradox of Choice (2004), Barry Schwartz met en évidence le fait que plus le nombre d’options augmente, plus le processus de prise de décision s’allonge, et moins la décision prise semble satisfaisante. Car chaque choix s’accompagne de l’image mentale des dizaines d’alternatives qui n’ont pas été retenues. La question « Et si j’avais choisi le droit ? » reste en suspens dans un coin de l’esprit pendant les études de psychologie.

Ce n’est pas un avantage, mais un fardeau.

Qu’est-ce qui donne autant d’importance au « mauvais choix » ?

En partie la famille, en partie le discours culturel. La phrase « Choisis le métier que tu exerceras toute ta vie » sous-entend que cette décision est irréversible. Or, les recherches affirment le contraire.

Jeffrey Arnett, en définissant le concept d’« adultité émergente » (2000), souligne que la tranche d’âge des 18-29 ans comprend notamment des périodes d’expérimentation identitaire, et que changer plusieurs fois de carrière est la norme. Les études à long terme montrent à maintes reprises que le choix de la filière ne détermine pas le reste de la vie.

Mais connaître ces données ne fait pas disparaître l’angoisse pour autant. Car l’angoisse n’est pas cognitive, mais physique. Lorsque le système nerveux perçoit une menace, la raison est mise hors jeu.

Qu'est-ce qui peut aider ?

Ce qui facilite la prise de décision, ce n’est pas davantage d’informations, mais moins de bruit. Quelques observations :

  • La question « Quelle filière choisir ? » est moins efficace comme point de départ que « Quelles questions m’intriguent ? ».
  • Tenter de prouver la « justesse » d’une décision retarde souvent celle-ci, au lieu de la faciliter.
  • Distinguer ses propres envies des attentes de sa famille est une étape préalable au choix. Les décisions prises sans opérer cette distinction sont généralement remises en question dès la première année.

La distinction entre le système 1 et le système 2 de Daniel Kahneman s’applique ici (Thinking, Fast and Slow, 2011) : laisser de la place à la réflexion lente, c’est-à-dire confier la décision à son inconscient pendant un certain temps, apporte souvent une clarté intuitive.

« Être soi-même, c’est faire preuve de courage ; se modeler selon les attentes d’autrui est la forme de désespoir la plus courante. » > Rollo May, Man’s Search for Himself, 1953

Le point de vue de Cevvela

  • Le choix d’une université est une question d’identité, pas une question de carrière.
  • La surabondance d’options ne facilite pas les choses ; il faut restreindre le champ des possibilités avant de faire son choix.
  • Ce n’est généralement pas la question « quelle filière ? » qui rend la décision difficile, mais celle de « pour qui est-ce que je fais ce choix ? ».
  • L’indécision n’est pas une pathologie ; la confusion fait partie intégrante du développement de l’identité (Erikson, 1968).
  • Le coaching, qui accompagne ce processus, est différent de la prise de décision : il s'agit de créer un espace propice à la clarification.

{{contact}} Pour discuter de ce sujet avec Cevvela {{/contact}}

×
×