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Cevvela·6/1/2026·8 min de lecture

L'épuisement des fondateurs : personne n'en parle, mais tout le monde le vit

Pourquoi personne n'en parle

Le récit de l'entrepreneuriat se déroule souvent ainsi : il y a des difficultés, mais le héros les surmonte. Ce récit domine les présentations aux investisseurs, les tables rondes et les publications sur LinkedIn. L'épuisement des fondateurs reste en marge de ce récit.

Car en parler semble risqué. Cela pourrait ébranler la confiance des investisseurs. Cela pourrait inquiéter l’équipe. « On pourrait passer pour quelqu’un de faible. » Ces considérations sont prises en compte, consciemment ou non. Résultat : la plupart des fondateurs portent ce fardeau seuls.

Brad Feld, cofondateur de Foundry Group, a ouvertement raconté la période de grave épuisement qu’il a traversée en 2012 dans son livre Startup Life (2013). À cette époque, son entreprise enregistrait ses meilleurs résultats. Vu de l’extérieur, tout allait bien. Mais de l’intérieur, on avait l’impression que quelque chose touchait à sa fin.

Cette expérience n’est pas exceptionnelle. Des études montrent que 50 % des fondateurs souffrent d’épuisement professionnel — soit plus du double de la population active générale.

La nature spécifique du burn-out chez les fondateurs

Le modèle de burn-out de Christina Maslach définit trois dimensions (Burnout: The Cost of Caring, 1982) : l’épuisement émotionnel, la désensibilisation et la perte du sentiment d’accomplissement personnel.

Pour les fondateurs, ces trois dimensions se manifestent sous des formes qui leur sont propres :

Épuisement émotionnel : se forcer à se mettre au travail le matin. Chaque réunion, chaque décision, chaque e-mail pèse lourd. Ce n’est plus l’énergie, mais la volonté qui permet d’avancer.

L'indifférence : un sentiment de déconnexion vis-à-vis de l’équipe, des clients, voire de la vision même de l’entreprise. Ce qui comptait vraiment autrefois n’apparaît plus désormais que comme des tâches à accomplir.

La perte du sentiment de réussite : l’entreprise grandit, mais le fondateur se sent vide à l’intérieur. L’objectif a été atteint, mais il n’y a aucune satisfaction. Cela recoupe également le concept de « languishing » de Corey Keyes — le dépérissement au cœur même du succès.

Fusion entre identité et entreprise

Il existe une dimension qui distingue l’épuisement du fondateur de l’épuisement général : l’identité. Les fondateurs en arrivent souvent au point où « je suis mon entreprise ». Si l’entreprise se porte bien, ils se sentent bien ; si elle va mal, leur identité est ébranlée.

Cette fusion rend l’épuisement inévitable. Car aucune entreprise ne se porte toujours bien. Les fluctuations sont inévitables. Et si chaque fluctuation a un impact direct sur l’identité, il devient impossible de réguler ce processus.

Nous abordons ce sujet plus en détail dans un autre article du Groupe 4. Mais pour l’instant, il suffit de dire ceci : faire la distinction entre son identité et l’entreprise est l’une des étapes les plus cruciales pour prévenir l’épuisement.

Le problème de l’espace sûr

Les fondateurs disent souvent : « À qui puis-je en parler ? » On ne peut pas en parler à l’équipe. On ne peut pas en parler à l’investisseur. La famille ne comprend pas. Les amis vivent dans un autre monde.

Cette solitude est bien réelle. Et elle aggrave l’épuisement.

On peut trouver un espace sûr de deux manières : les communautés de fondateurs (un espace de discussion franche avec des personnes ayant vécu des expériences similaires) et le soutien professionnel (coach ou thérapeute). Cette deuxième option est encore peu utilisée dans le monde de l’entrepreneuriat, mais des études montrent qu’elle fait la différence lorsqu’on y a recours.

« Le succès de l’entreprise n’est pas ta valeur. Intérioriser véritablement cela est la base pour prévenir l’épuisement. » > Brad Feld, Startup Life, 2013

Le point de vue de Cevvela

  • L’épuisement des fondateurs est courant mais silencieux ; la pression du récit empêche de parler franchement.
  • L’épuisement se manifeste selon trois dimensions : l’épuisement émotionnel, la désensibilisation et la perte du sentiment de réussite (Maslach, 1982).
  • L’amalgame entre identité personnelle et entreprise rend l’épuisement inévitable ; chaque bouleversement ébranle l’identité.
  • Un espace sûr — une communauté de fondateurs ou un accompagnement professionnel — est déterminant dans ce processus.
  • Dans ce contexte, le coaching peut être utilisé pour distinguer l’identité de l’entreprise, nommer l’épuisement professionnel et rétablir des repères.

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