Ce conflit ne se résume pas à un simple choix de carrière
La phrase « Ma famille veut que je devienne ingénieur, mais je veux faire des études de design » semble, à première vue, refléter un conflit de choix. Mais elle soulève généralement une question plus profonde : qui suis-je, et qui en décide ?
Dans sa théorie des systèmes familiaux, Murray Bowen définit le concept de « différenciation » comme suit : la capacité d’un individu à distinguer ses propres pensées et sentiments de ceux de sa famille (Family Therapy in Clinical Practice, 1978). Lorsque le niveau de différenciation est faible, la réaction de la famille prend le pas sur l’évaluation personnelle de l’individu. Il devient alors difficile de déterminer si la décision a été prise pour la famille ou pour soi-même.
Ce n’est pas une pathologie, mais une adaptation acquise. Et cela peut changer.
D’où vient ce besoin d’approbation ?
La théorie de l’attachement de John Bowlby (Attachment and Loss, 1969) explique cette dynamique. Pendant la petite enfance et l’enfance, l’approbation de la personne qui s’occupe de l’enfant est un signal de sécurité pour le cerveau. Ce schéma s’ancre dans le système nerveux.
À l’âge adulte, cela peut se traduire par la conviction que « si je déçois ma famille, c’est que quelque chose ne va pas ». Ce sentiment est physique et instantané ; il survient avant même que la raison n’intervienne. C’est pourquoi l’affirmation « je sais que cela n’a pas de sens, mais je n’arrive pas à y renoncer » n’est pas contradictoire.
Il est possible de faire la distinction entre les attentes de la famille et ses propres désirs
Une méthode simple mais efficace : lorsque tu envisages un choix de carrière, que ressens-tu dans ton corps ?
Un véritable intérêt s’accompagne souvent d’une légère sensation d’épanouissement, de curiosité ou d’excitation. Un choix fondé sur l’approbation familiale procure quant à lui souvent une sensation de tension et de crispation ; c’est un « bon » choix, mais il est vide de sens.
Distinguer ces deux sensations demande un peu d’entraînement. Et il est difficile de faire cette distinction tout seul, surtout si l’on a baigné pendant des années dans une dynamique familiale forte.
Fixer des limites ne signifie pas rompre les liens
Beaucoup de gens craignent que dire « non » aux attentes de la famille ne nuise à la relation. Les conclusions de Bowen montrent le contraire : une véritable différenciation n’affaiblit pas le lien familial ; elle place la relation sur des bases plus saines.
La différence entre les phrases « Ma mère va être triste » et « Ma mère sera triste, mais je peux quand même prendre cette décision » peut sembler minime. Mais elle est en réalité très profonde.
Selon la théorie de l’autodétermination d’Edward Deci et Richard Ryan (2000), le besoin d’autonomie est un besoin psychologique fondamental. Si ce besoin est réprimé pendant longtemps, la motivation et le bien-être général s’en trouvent affectés. Cela ne concerne pas seulement l’individu ; cela se répercute également sur la relation.
« On ne peut construire un “nous” sain sans un “moi” sain. » > Adapté du cadre de différenciation de Murray Bowen
Le point de vue de Cevvela
- La tension entre les attentes familiales et ses propres aspirations est une question d’identité qui dépasse le simple choix de carrière (Bowen, 1978).
- Le besoin d’approbation est lié aux schémas d’attachement issus de l’enfance ; il ne s’agit pas d’une faiblesse, mais d’une adaptation acquise (Bowlby, 1969).
- La réaction du corps sert de boussole pratique pour distinguer un choix motivé par l’approbation familiale d’un véritable intérêt.
- La différenciation ne consiste pas à rompre le lien familial, mais à apprendre à rester attaché sans se perdre soi-même.
- Le coaching peut être utilisé dans ce processus pour distinguer la voix de la famille de sa propre voix et établir une base décisionnelle autonome.
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