Critique de la faculté de juger
CevvelaCritique de la faculté de juger
Immanuel Kant · İdea Yayınevi · 1790
Résumé
L'œuvre d'Immanuel Kant Critique de la faculté de juger (Kritik der Urteilskraft) vise à combler la plus importante lacune de sa philosophie : bâtir le pont entre la Critique de la raison pure, où il examine le savoir théorique relatif aux sciences de la nature, et la Critique de la raison pratique, où il examine la liberté morale et la pratique. Le livre se divise en deux parties principales : la Critique de la faculté de juger esthétique (le beau et le sublime) et la Critique de la faculté de juger téléologique (la finalité dans la nature).
1. La Critique de la faculté de juger esthétique : le beau et le sublime Cette partie explique comment fonctionnent les jugements que nous portons sur les notions de beau et de sublime, et pourquoi nous attendons des autres qu'ils ressentent la même chose que nous. Le jugement du beau (le jugement de goût) Selon Kant, notre jugement d'une chose comme « belle » a quatre traits fondamentaux : 1. Le désintéressement : le plaisir que nous tirons d'une belle chose ne vient pas du désir de la posséder ou d'en tirer un bénéfice personnel (l'intérêt). Le beau n'est pas seulement agréable, c'est ce qui nous pousse à nous arrêter pour le contempler et à y réfléchir. 2. La finalité sans fin : un bel objet semble spécialement fait selon un but (par exemple la perfection d'une fleur), mais il n'a pas en réalité été conçu selon une notion ou un but précis. Le beau présente donc une forme de finalité sans fin. 3. L'universalité subjective : quand nous disons « ceci est beau », nous affirmons en réalité que c'est beau pour tous. Ce jugement ne repose pas sur une notion objective comme un savoir scientifique, mais prétend à l'universalité en se fondant sur la supposition que chacun possède les mêmes facultés mentales (le sens commun — sensus communis). 4. La nécessité : nous attendons que les autres partagent ce jugement de beauté et nous voyons cela comme une nécessité. Cette nécessité n'est pas une nécessité logique comme en science, mais une nécessité esthétique. Ces jugements naissent en réalité, moins de l'objet lui-même, que d'un plaisir venu du « jeu » libre et harmonieux de nos facultés d'imagination et d'entendement. Le jugement du sublime Le sublime, lui, diffère du beau. Alors que le beau est formel et limité, le sublime donne un sentiment d'infini, de grandeur et de puissance (par exemple un océan immense, une tempête violente ou le ciel étoilé). L'expérience du sublime est d'abord inconfortable, voire douloureuse ; car nos facultés sensibles restent insuffisantes face à la grandeur de la nature. Mais ce sentiment d'insuffisance nous rappelle l'infinité des facultés morales de la Raison au-dedans de nous. Face à la nature qui nous écrase physiquement, nous nous apercevons que, en tant qu'être moral, nous lui sommes supérieurs. Ainsi, le sublime bâtit un pont entre le monde sensible et le monde moral. 2. La Critique de la faculté de juger téléologique : la finalité dans la nature Dans cette partie, Kant aborde la notion de finalité ou de fin (téléologie) dont nous usons en cherchant à comprendre la nature comme un système. Lorsque nous regardons un organisme de la nature (par exemple un arbre), nous pensons comme si chacune de ses parties était faite pour les autres et pour la fonction du tout. Kant dit que cette pensée n'est pas un savoir scientifique, mais un principe régulateur. C'est-à-dire que nous sommes contraints de penser la nature comme conçue de la sorte pour pouvoir la comprendre. Cela nous donne le sentiment de l'unité et de la cohérence de la nature. Ainsi, Kant montre qu'il existe, par l'idée de la finalité de la nature, une harmonie entre le monde du savoir qui explique la nature par la nécessité mécanique (la Raison pure) et le monde de la liberté morale (la Raison pratique). La Critique de la faculté de juger achève, en un sens, l'architecture philosophique de Kant. En comblant le fossé apparent entre le savoir (la nature) et la morale (la liberté), le livre crée un nouveau domaine de la philosophie qui examine la créativité artistique de l'homme (le beau et le sublime) et son effort pour donner sens à la nature (la finalité). Selon Kant, les jugements esthétiques et téléologiques sont un reflet du fait d'être homme, en qui nous pouvons réunir à la fois la nécessité de la nature et l'exigence de la liberté morale.
Citations de Cevvela
“Parmi tous les arts, la poésie (qui doit son origine presque entièrement au génie et se laisse le moins guider par un principe ou un exemple) occupe la première place.”
“L'idée désigne en réalité une notion de la raison, et l'idéal, la représentation d'un être singulier adéquat à l'idée.”
“Le plaisir tiré du beau est un plaisir désintéressé et libre, car son appréciation n'est imposée par aucun intérêt, sens ou raison.”
Citations des lecteurs
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Commentaires des lecteurs
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Ce livre est considéré comme un tournant non seulement dans le domaine de l'esthétique (l'art et la beauté), mais dans l'ensemble de la philosophie moderne. Dans ses deux premières critiques (la Raison pure et la Raison pratique), Kant avait divisé l'expérience humaine en deux : La nécessité de la nature : le monde que nous saisissons par la science, où règnent les lois de la causalité. La liberté morale : le domaine de « ce qui doit être », que nous bâtissons par notre volonté. Entre ces deux domaines, il y avait un grand fossé. La Critique de la faculté de juger jette un pont sur ce fossé. Ce pont est la faculté de juger de l'homme. Le livre montre que nos expériences de la beauté et de la finalité dans la nature nous permettent de ressentir une harmonie entre le monde de la nécessité et le monde de la liberté. C'est un coup de génie qui unit tout le système de Kant. Kant a sorti l'esthétique du simple niveau du « plaisir » et en a fait une discipline philosophique. Les aspects les plus frappants du livre sont les suivants : Le goût désintéressé : le fait de dire que le fondement du jugement de beauté doit être indépendant de l'intérêt personnel est révolutionnaire. Trouver un tableau « beau » doit se distinguer du désir de l'acheter ou d'un bénéfice personnel. C'est un critère fondamental pour un jugement objectif de l'art. L'universalité subjective : il soutient que, bien que le jugement de beauté ne soit pas une notion (un savoir scientifique), nous devons attendre que chacun le partage. Cela implique que l'esprit humain a une structure commune (le sens commun — sensus communis) et lance une quête de nécessité esthétique contre le relativisme culturel. Kant analyse aussi à merveille le sentiment de sublime que nous éprouvons face à la grandeur ou à l'infini. Le sublime naît, non de l'harmonie comme le beau, mais de la disharmonie et du chaos. Lorsque nous sommes accablés par la grandeur effroyable du sublime, ce sentiment d'insuffisance physique nous pousse à découvrir l'infinité de notre Raison et notre supériorité morale. Autrement dit, l'expérience du sublime est, en définitive, un reflet de notre valeur morale dans le monde sensible. En conclusion, la Critique de la faculté de juger est une œuvre d'une profondeur et d'une influence incontestablement grandes, où Kant a posé sur un fondement philosophique non seulement ce que nous pouvons connaître et comment nous devons agir, mais aussi comment nous ressentons et jugeons la nature et l'art. Elle continue d'inspirer bien des domaines, de la critique d'art moderne à la philosophie de l'environnement.