Une sensation similaire, un mécanisme différent
Les expressions « je suis très tendu » et « je suis très stressé » sont souvent utilisées de manière interchangeable. Elles procurent une sensation similaire. Mais les processus physiologiques qui les sous-tendent sont différents — et cette différence a une incidence directe sur l'intervention.
Une intervention ciblant le mauvais mécanisme reste inefficace. Des techniques de gestion du stress pour la tension, un simple massage pour le stress : les deux ne font qu’effleurer la surface.
Stress chronique : une charge hormonale
Les recherches approfondies de Robert Sapolsky sur le stress (Why Zebras Don't Get Ulcers, 2004) clarifient la physiologie du stress chronique. Mécanisme fondamental : l’activation chronique de l’axe HPA (hypothalamo-hypophyso-surrénalien) maintient le cortisol à un niveau constamment élevé.
Le cortisol est une hormone conçue pour faire face au stress aigu. Il est fonctionnel dans le cadre d’une réponse à une menace de courte durée : il augmente la glycémie, accélère la réponse immunitaire et mobilise l’énergie. Mais lorsqu’il devient chronique, c’est l’inverse qui se produit : le système immunitaire est affaibli, l’hippocampe rétrécit, la charge cardiovasculaire augmente, le sommeil est perturbé.
Sapolsky appelle cela la « charge allostatique » — la dette physiologique cumulative que la réponse au stress chronique fait peser sur l’organisme.
Tension chronique : la charge musculo-squelettique
La tension chronique est un mécanisme différent. Il s’agit du maintien prolongé des fibres musculaires dans un état de contraction de faible intensité. Cette contraction peut résulter de l’activation du système nerveux autonome, mais elle peut également s’installer comme un processus autonome.
Le concept d’« amnésie sensorimotrice » de Thomas Hanna (Somatics, 1988) explique ce processus : le cerveau apprend à maintenir les muscles contractés selon un schéma neuronal, et ce schéma devient automatique avec le temps. Même lorsque la source de stress a disparu, la tension musculaire persiste.
Les recherches de Bessel van der Kolk montrent que cette tension s’installe de manière chronique, en particulier au niveau du cou, des épaules, du diaphragme et des fléchisseurs de la hanche (The Body Keeps the Score, 2014).
Comment ces deux phénomènes s’alimentent-ils mutuellement ?
Il s’agit de deux processus indépendants l’un de l’autre — mais ils apparaissent souvent ensemble et se renforcent mutuellement.
Le stress chronique augmente l’activation du système sympathique → ce qui accroît le tonus musculaire → la tension chronique s’installe. Mais cela peut également fonctionner dans l’autre sens : la tension chronique, par le biais de signaux interoceptifs, rend le système nerveux plus enclin à percevoir une menace → la réponse au stress est alors plus facilement déclenchée.
Savoir à quel moment briser ce cercle vicieux permet de cibler plus précisément l’intervention.
Différentes interventions
Pour le stress chronique : Approches régulant l’axe HPA — sommeil régulier, exercice aérobique (pour le métabolisme du cortisol), liens sociaux, pleine conscience. Celles-ci visent l’équilibre hormonal.
Pour la tension chronique : intervention directe sur le système musculo-squelettique — mouvement somatique, yoga, thérapie manuelle, travail sur la respiration (en particulier pour l’oscillation diaphragmatique). Ces approches ciblent le schéma neuromusculaire.
Dans les deux cas, la conscience corporelle — c’est-à-dire la capacité à distinguer ce qui est ressenti dans chaque zone — constitue le point de départ de l’intervention.
« Le stress est une charge physiologique, la tension est une mémoire corporelle. Les deux parlent des langages différents. » > Thomas Hanna, adapté de Somatics, 1988
Le point de vue de Cevvela
- Le stress chronique est d’ordre hormonal (activation de l’axe HPA, charge de cortisol), tandis que la tension chronique se situe au niveau musculo-squelettique (schéma neuromusculaire) — des mécanismes différents, des interventions différentes (Sapolsky, 2004 ; Hanna, 1988).
- La charge allostatique est la charge physiologique cumulative que la réponse au stress chronique fait peser sur l’organisme.
- Ces deux phénomènes peuvent s’alimenter mutuellement de manière cyclique ; savoir à quel moment intervenir permet d’améliorer l’efficacité.
- La tension chronique peut persister même après la disparition du stress — mécanisme d’amnésie sensorimotrice (Hanna, 1988).
- Dans ce contexte, le coaching peut intégrer l’approche somatique afin de distinguer les signaux corporels et de choisir les outils de régulation adaptés à chaque mécanisme.
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