Deux points de départ différents
Les décisions entrepreneuriales semblent similaires vues de l’extérieur. Mais lorsqu’on les examine de plus près, on constate qu’il existe deux types de motivations distincts.
La première est la motivation axée sur l’opportunité : le désir de résoudre un problème, l’envie de créer, le besoin d’autonomie, la quête de sens. Ce sentiment de « je dois le faire ».
La seconde est une motivation axée sur la fuite : le désir de s’éloigner de son patron, de l’environnement d’entreprise, de la routine, de la déception. Ce sentiment de « je dois partir d’ici ».
Les deux sont légitimes. Et bien souvent, elles s’entremêlent. Mais où se situe le centre de gravité ? Cette distinction est cruciale.
Les recherches de Scott Shane
Dans son ouvrage The Illusions of Entrepreneurship (2008), Scott Shane, chercheur spécialisé dans l’entrepreneuriat, montre que la grande majorité des entrepreneurs se lancent avec des attentes irréalistes. Ces attentes sont directement liées à la motivation : ceux qui se lancent avec une motivation d’évasion, imaginant que « l’entrepreneuriat, c’est se libérer des problèmes de là-bas », se heurtent à des problèmes nouveaux et différents. Cette surprise engendre une démoralisation dans les moments difficiles.
Ceux qui se lancent avec une motivation axée sur l’opportunité, quant à eux, parviennent à considérer la difficulté comme une composante prévisible. Même difficulté, sens différent.
Que dit la théorie de l’autodétermination à ce sujet ?
Selon la théorie de l’autodétermination d’Edward Deci et Richard Ryan (Self-Determination Theory, 2000), la motivation intrinsèque est plus durable que la motivation extrinsèque. La motivation nourrie par les besoins d’autonomie, de compétence et de relation est plus résistante face aux périodes difficiles que celle alimentée par la pression extérieure ou le besoin de fuite.
L'entrepreneuriat ne peut se passer de périodes difficiles. La qualité de la motivation initiale est l'un des facteurs les plus déterminants pour décider de persévérer ou non pendant ces périodes.
La question « Si c'est encore difficile dans cinq ans »
Il existe une question qui met la motivation à l’épreuve : « Si cette activité restait difficile dans cinq ans, est-ce que je continuerais quand même ? »
Ceux qui se lancent avec une motivation d’évasion ont généralement du mal à répondre à cette question. Car ce qu’ils imaginaient, c’était la fin des difficultés, et non se retrouver confrontés à de nouvelles difficultés.
Ceux qui se lancent avec une motivation positive, en revanche, peuvent généralement répondre « oui » à cette question. Car leur motivation ne vient pas d’une fuite, mais du processus de création et de recherche de sens lui-même.
Cette distinction constitue l’une des réflexions les plus précieuses à mener avant de prendre la décision de se lancer dans l’entrepreneuriat.
« L’entrepreneuriat n’est pas une fuite ; c’est un engagement. Percevoir cette différence dès le départ facilite grandement les choses par la suite. » > Scott Shane, adapté de The Illusions of Entrepreneurship, 2008
Le point de vue de Cevvela
- La décision d’entreprendre naît de deux types de motivations : l’orientation vers l’opportunité et l’orientation vers la fuite ; l’emplacement du centre de gravité est déterminant.
- La motivation par la fuite n’est pas suffisante à elle seule pour perdurer ; dans les moments difficiles, il faut une réponse forte à la question « pourquoi je fais cela ? » (Shane, 2008).
- La motivation intrinsèque — autonomie, compétence, sens — s’avère plus résistante face aux périodes difficiles que la motivation extrinsèque ou d’évitement (Deci & Ryan, 2000).
- La question « Si, dans cinq ans, c’était toujours aussi difficile, est-ce que je continuerais ? » est un outil fiable pour tester la motivation.
- Le coaching peut être utilisé avant même le début de ce processus pour mettre en lumière la motivation réelle et établir une base durable.
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