J'ai donné un tel titre à cet article que, avant même de commencer à l'écrire, je me suis senti écrasé par son poids. Une petite voix en moi m'a dit : « La quête de sens chez l'être humain, voyons, tu es bien ambitieux, voyons voir ce que ça va donner. »
Quand je regarde les gens autour de moi, à commencer par moi-même, ou les amis qui viennent me consulter, je me rends compte qu’en réalité, nous sommes tous en quête d’un sens profond.
Souvent, nous ne sommes même pas conscients de cette quête. Par exemple, lorsque je demande directement « as-tu un sens et un but dans ta vie ? », je n’obtiens parfois pas de réponse claire. Mais en creusant un peu, j’ai constaté que nous sommes tous, même sans nous en rendre compte, à la recherche d’un sens à donner à certaines choses de notre vie.
Certains d’entre nous mènent cette quête de manière beaucoup plus active que d’autres. Ces personnes se distinguent des autres à certains égards. Soit elles ont vécu un événement bouleversant, soit elles cherchent à se sortir d’un cercle vicieux dans lequel elles se trouvent constamment. Pourquoi cela m’est-il arrivé ? Que vais-je faire maintenant ? Ou bien, en se disant « quoi que je fasse, les choses finissent toujours de la même manière, j’attire toujours le même genre de personnes ou d’événements dans ma vie », elles cherchent à donner un sens à ce qui se passe. C’est ce désir qui nous pousse à agir.
Au fil des années, j’ai constaté que l’âme humaine ne trouve pas la paix tant qu’elle n’a pas donné un sens à quelque chose et intégré ce qu’elle a compris dans sa vie. En même temps, ceux qui parviennent à trouver ce sens acquièrent la force de supporter toutes sortes de souffrances et de difficultés.
En effet, dans les récits de vie de ceux qui ont survécu à des expériences horribles comme les camps de concentration, on retrouve toujours cette quête et cette découverte d’un sens. Ceux qui parviennent à passer de la question « Pourquoi moi ? » à « Et maintenant ? » sont aussi ceux qui trouvent ce sens. Chez ceux qui y parviennent, on voit que l’espoir né de ce sens qu’ils ont trouvé est ce qui les maintient en vie. C’est un peu ce que Victor Frankl voulait dire lorsqu’il affirmait : « Ce qui rend l’homme humain, c’est sa capacité à supporter la souffrance. Car tant qu’il peut donner un sens à sa souffrance, l’homme peut y faire face. »
Si nous savons pourquoi nous vivons, nous trouvons plus facilement les « comment ».
La relation entre la souffrance et le sens ne se limite pas à cela. Comme le dit Gibran : « La souffrance est une fissure qui brise la coquille de votre compréhension. C’est pourquoi regardez-la avec amour. » C’est facile à dire, mais difficile à faire. Cependant, chez les personnes capables de changer et d’évoluer, c’est toujours cette première douleur qui a été à l’origine de ce premier mouvement, et c’est grâce à leurs efforts pour donner un sens à cette douleur qu’elles ont pu parvenir à une vision plus inclusive, plus accueillante et plus tolérante. Car l’être humain ne grandit qu’à travers la douleur.
Car même s’il s’agit d’une tragédie qui nous arrive, lui donner un sens, c’est comme rendre un fantôme visible. Nous comprenons mieux ce que nous pouvons voir. Nous pouvons plus facilement deviner comment y faire face, comment vaincre ce fantôme. L’abstrait est désormais devenu concret. En prendre conscience et accepter le malheur qui nous frappe allège le fardeau qui pèse sur nos épaules.
C’est pourquoi, dès l’instant où nous commençons à nous intéresser à ces sujets, aussi dérangeants soient-ils, nous commençons également à construire notre nouvelle vie. Car, comme le disait Kierkegaard, la vie doit être comprise en regardant en arrière et vécue en regardant vers l’avenir.
De plus, cette nouvelle vie que nous construisons sera plus proche de notre moi profond. C’est d’ailleurs la lumière qu’elle tire de ce moi profond qui la rend si résistante face aux difficultés. Comme cette lumière recèle également un aspect divin, elle est immunisée contre toutes sortes de difficultés et de maux. Je pense que nous n’exagérons pas en disant que c’est la chose la plus puissante qui existe dans ce monde. Car sa source est au-dessus de cette existence.
D'ailleurs, le mot « özlemek » (avoir la nostalgie) vient de là. « Özlemek » est lié au fait de se souvenir de ce qui est dans l'essence. L'être humain a la nostalgie de ce qu'il aime, car ce qui le pousse à l'aimer, c'est qu'il en est une partie. C’est là que l’on ressent l’unité. Le désir, c’est le besoin de retrouver cette chose dont on ressent le manque au plus profond de soi, afin de se sentir à nouveau entier. Nous recherchons sans cesse cette pièce manquante pour compléter ce qui nous manque au plus profond de nous-mêmes. Ces choses, qu’il s’agisse d’un ami lointain, d’une conversation de cœur à cœur ou de l’étreinte d’un être cher, sont des choses qui ont un sens pour nous.
Tout comme on reconstitue un vase brisé, nous reconstruisons notre essence tout au long de notre vie en rassemblant ces éléments auxquels nous avons donné un sens. Plus exactement, notre essence est là et elle est intacte, mais les événements de notre vie, nos traumatismes, la réduisent en miettes et la dispersent aux quatre coins du monde. Ensuite, pour recoller ce vase et voir la beauté qui en ressortira, nous ne cessons de chercher ses morceaux un peu partout.
Cette quête est la quête de sens de l’être humain, et ce que nous finissons par trouver, c’est nous-mêmes.
