Qu'est-ce que la mémoire corporelle ? Comment le corps peut-il savoir ce que l'esprit ignore ?
Articles
Cevvela·6/1/2026·8 min de lecture

Qu'est-ce que la mémoire corporelle ? Comment le corps peut-il savoir ce que l'esprit ignore ?

Le corps, un système de stockage

L'expression « le corps est porteur de mémoire » est longtemps restée une métaphore. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Bessel van der Kolk est l’une des figures les plus influentes dans le domaine de la psychiatrie, où il étudie le lien entre le traumatisme et le corps. Dans son ouvrage The Body Keeps the Score (2014), il rassemble des années d’observations cliniques et de recherches en neuroimagerie. Conclusion principale : les expériences traumatiques et de forte intensité sont encodées non seulement mentalement, mais aussi corporellement. Et cet encodage corporel ne nécessite pas de souvenir conscient.

Ce système de mémoire implicite — que Daniel Siegel a abordé de manière approfondie dans The Developing Mind (1999) — transmet les expériences par le biais de tensions musculaires, de schémas posturaux, de réactions du système nerveux autonome et de modifications de la respiration.

La distinction entre mémoire implicite et mémoire explicite

La mémoire est traitée par deux systèmes distincts. La mémoire explicite implique un rappel conscient : « J’ai vécu ceci lors de cette réunion. » Ce système fonctionne via l’hippocampe et est accessible par le langage.

La mémoire implicite, quant à elle, est inconsciente et corporelle. Comment sait-on faire du vélo ? Pas en comptant les pédalages, mais grâce au corps. Les épaules qui se crispent lorsqu’on entend un son, une sensation d’oppression dans un environnement particulier, une anxiété qui surgit sans raison apparente : voilà le langage corporel de la mémoire implicite.

Point essentiel : le fait de ne pas « se souvenir » consciemment d’une expérience ne signifie pas que celle-ci n’ait pas laissé de trace corporelle. Ces deux aspects sont traités par des systèmes distincts.

Le système nerveux autonome et la mémoire corporelle

La théorie polyvagale de Stephen Porges (The Polyvagal Theory, 2011) explique le fondement physiologique de ce mécanisme. Le système nerveux autonome évalue les menaces de manière inconsciente — Porges appelle cela la « neuroseption ». Le cerveau effectue cette évaluation sans que l’on s’en rende compte et positionne le corps en conséquence.

C’est pourquoi la phrase « pourquoi suis-je si stressé, il n’y a pourtant aucune raison logique » est très courante. En effet, le déclencheur est traité par le système de la mémoire corporelle plutôt que par le système de raisonnement conscient.

Comment la mémoire corporelle se manifeste-t-elle dans la vie quotidienne ?

Des exemples concrets sont étayés par des recherches :

La posture : les travaux d’Amy Cuddy (Presence, 2015) montrent que la posture corporelle influence directement les niveaux de cortisol et de testostérone. La façon dont on se tient influence l’état hormonal et psychologique.

Réaction au ton de la voix : la réaction instantanée du corps à un ton de voix particulier est une réponse corporelle acquise. Le corps se positionne avant même que l’évaluation logique n’entre en jeu.

Mémoire tactile : les recherches en neurosciences montrent que la peau et les muscles conservent les schémas des expériences vécues. La kinésithérapie et la thérapie manuelle s’appuient sur ce mécanisme.

Pourquoi est-ce si important ?

Comprendre la mémoire corporelle met en évidence un point essentiel : travailler uniquement avec les systèmes de pensée et de croyances n’est parfois pas suffisant. Lorsque les schémas corporels sont stockés à un niveau inaccessible au système linguistique conscient, il est difficile d’atteindre ce niveau par la seule parole.

C’est l’une des contributions les plus importantes que les neurosciences apportent aux approches de coaching et thérapeutiques. Travailler directement avec le corps — respiration, mouvement, posture, conscience somatique — constitue des moyens scientifiquement fondés d’accéder à ce niveau.

« Même si le corps ne se souvient pas de l’événement, il se souvient de sa réaction. » > Bessel van der Kolk, The Body Keeps the Score, 2014

Le point de vue de Cevvela

  • La mémoire corporelle n’est pas une métaphore ; il s’agit d’un mécanisme neurobiologique fonctionnant par le biais du système de mémoire implicite (van der Kolk, 2014).
  • La mémoire explicite et la mémoire implicite fonctionnent selon des systèmes différents ; le fait de ne pas « se souvenir » d’une expérience ne signifie pas qu’il n’y a pas de trace corporelle (Siegel, 1999).
  • Le système nerveux autonome évalue les menaces de manière inconsciente ; les réactions corporelles sont le résultat de cette évaluation (Porges, 2011).
  • Le travail purement cognitif ne parvient pas toujours à atteindre la dimension corporelle ; la conscience somatique comble cette lacune.
  • Dans ce contexte, le coaching peut utiliser des outils somatiques pour intégrer les signaux corporels dans les processus de décision et d’évaluation.

{{contact}} Pour discuter de ce sujet avec Cevvela {{/contact}}

×
×