Pourquoi la quête de sens s'intensifie-t-elle à l'âge mûr ?
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Cevvela·6/1/2026·8 min de lecture

Pourquoi la quête de sens s'intensifie-t-elle à l'âge mûr ?

Première moitié et deuxième moitié

Carl Jung a abordé la vie en la divisant en deux parties. La première moitié est tournée vers l'extérieur : se forger une identité, bâtir une carrière, fonder une famille, répondre aux attentes de la société. La logique de cette période est celle de la réussite et de l'adaptation.

La seconde moitié pose une question différente : tout cela, pour qui ? Ce passage s’opère généralement entre quarante et cinquante ans. Jung appelait cela l’individualisation — le passage de la personne que l’on attend de nous à celle que l’on est au plus profond de soi (The Structure and Dynamics of the Psyche, 1960).

Cette transition commence parfois par un malaise silencieux. Parfois par un événement majeur. Mais le plus souvent par la même question : « Est-ce tout ? »

Elliott Jaques et la « crise de la quarantaine »

Le terme « crise de la quarantaine » a été introduit en 1965 par le psychanalyste Elliott Jaques. Il décrivait ainsi un schéma qu’il avait observé chez des personnes créatives dans la quarantaine : une productivité qui, jusqu’alors, s’écoulait librement, s’interrompt brusquement, laissant place à un désir de profondeur. C’est à cette période que survient la première prise de conscience réelle de la mortalité. La certitude que le temps n’est pas infini cesse d’être abstraite pour devenir une réalité physique.

Des recherches ultérieures ont montré que ce schéma n’était pas universel. Tout le monde ne traverse pas une crise. Mais l’intensification de la question du sens à cette période est un schéma courant et étayé par la recherche.

Pourquoi la réussite extérieure ne comble-t-elle pas le vide intérieur ?

La hiérarchie des besoins de Maslow s’applique ici. Une fois que les besoins de sécurité, d’appartenance et de respect sont largement satisfaits, une autre question se pose avec force : celle du sens.

Viktor Frankl l’a formulé de manière bien plus précise : le sens n’est pas un besoin, mais la motivation fondamentale de l’existence (Man’s Search for Meaning, 1946). La réussite n’est pas une condition suffisante pour trouver un sens. Lorsqu’une personne remporte un prix, elle peut ne pas ressentir ce à quoi elle s’attendait. Ce n’est pas un échec ; cela montre simplement que la question du sens ne peut être occultée par la réussite.

À l’âge mûr, ce sentiment devient plus fréquent, car les éléments de validation extérieurs se font plus rares et la question qui vient de l’intérieur se fait plus pressante.

S’agit-il d’une crise ou d’un tournant ?

Ce ne sont pas deux choses identiques. Une crise est une situation caractérisée par une perte de contrôle et que l’on s’attend à traverser dans la panique. Un tournant, en revanche, est une opportunité de changer de cap.

La différence dépend en grande partie de la manière dont on aborde cette question. Fuir la question du sens — en travaillant davantage, en achetant davantage, en s’occupant davantage — ne fait que prolonger le cycle. S’asseoir face à la question, même sans réponse, déclenche une action.

Les recherches de Daniel Levinson sur le développement de l’adulte (The Seasons of a Man’s Life, 1978) définissent l’âge mûr comme une période de « réévaluation de la structure de vie ». Si cette réévaluation n’a pas lieu, on assiste à une rupture plus importante par la suite. Si elle a lieu, elle prépare le terrain pour une seconde moitié de vie plus harmonieuse.

« L’après-midi de la vie ne peut être géré selon le programme du matin. » > Carl Jung, The Structure and Dynamics of the Psyche, 1960

Le regard de Cevvela

  • L’intensification de la quête de sens à l’âge mûr n’est pas un hasard ; dans le cadre de l’individualisation de Jung, cette période marque le seuil du passage de l’identité extérieure à l’identité intérieure.
  • La réussite extérieure n’est pas une condition suffisante pour donner du sens ; comme l’a prévu Frankl, la question du sens ne peut être occultée par la réussite (1946).
  • Crise ou tournant ? Cela dépend en grande partie de la manière dont on aborde cette question.
  • Fuir la question du sens prolonge le cycle ; s’y confronter met quelque chose en mouvement.
  • Le coaching, à ce stade, ne sert pas à répondre à la question du sens ; il peut être utilisé pour clarifier les choses et préparer le terrain pour le passage de la première à la deuxième moitié.

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