Ce sentiment ne te définit pas
Lorsqu’ils prononcent la phrase « Je ne suis pas à ma place », la plupart des gens ressentent deux choses à la fois : un soulagement et de la panique. Le soulagement, parce qu’ils ont enfin mis un nom sur quelque chose. La panique, parce qu’ils ne savent pas ce que cela signifie.
Mais ce sentiment n’est pas un constat ; c’est une question. La question « Qu’est-ce que ça me fait d’être ici ? » constitue un point de départ plus clair.
Les recherches de Carol Dweck sur l’état d’esprit de croissance (Mindset, 2006) montrent que le fait de considérer une situation comme figée et immuable réduit la capacité à envisager d’autres options. La question « Je suis dans la mauvaise filière, que puis-je faire ? » reflète un état d’esprit très différent de la phrase « Je suis dans la mauvaise filière, je suis fichu ».
Il y a d’abord des éléments à démêler
Ce sentiment provient parfois d’un mélange de plusieurs facteurs :
Il peut s’agir d’un véritable décalage d’intérêts. Les matières de la filière ne t’attirent pas du tout, les métiers des diplômés t’ennuient, et discuter avec des personnes extérieures à ton domaine te semble bien plus stimulant.
Mais il peut aussi s’agir d’un manque de motivation passager. Une période difficile, un professeur tyrannique, un examen raté ou une crise personnelle. Ce sont des circonstances temporaires ; cela n’a peut-être rien à voir avec le fait que la filière te convienne ou non.
Faire la distinction entre les deux est la première étape avant de prendre une décision.
Il existe des options pratiques, mais il faut d’abord savoir ce que tu veux
En Turquie, plusieurs voies légales s’offrent à toi :
Le transfert horizontal : passer dans une autre université ou une autre filière avec un score identique ou similaire. Il y a des périodes spécifiques, des conditions de réussite et des quotas à respecter.
Double cursus : suivre une deuxième filière en parallèle. C’est une voie à faible risque pour tester ses centres d’intérêt.
Passage vertical : passer du premier cycle au deuxième cycle ou du deuxième cycle à l’enseignement supérieur. Cela peut permettre de s’ouvrir une nouvelle voie.
Spécialisation au sein de la filière : dans certaines universités, il est possible de réorienter ses études sans changer de filière.
Abandonner ses études et repasser les examens est également une option. Mais les coûts sociaux et économiques de cette voie doivent être clairement évalués.
Voilà les options qui s’offrent à toi. Pour savoir laquelle te convient le mieux, tu dois d’abord savoir ce que tu veux.
Quand la décision « Je vais serrer les dents et aller jusqu’au bout » est-elle judicieuse ?
Dans certains cas, il est logique de terminer ses études. Notamment si :
- Il ne reste que quelques semestres avant l’obtention du diplôme et que ton objectif de carrière n’est pas directement lié à cette filière.
- Tu peux nourrir tes centres d’intérêt par d’autres moyens (projets parallèles, bénévolat, certifications).
- Le coût d’un abandon est plus élevé que celui de la poursuite des études.
Mais l’argument « je vais aller jusqu’au bout parce que je suis à mi-chemin » n’est pas suffisant en soi. Daniel Kahneman aborde en détail ce biais cognitif, connu sous le nom de « sophisme des coûts irrécupérables », dans son ouvrage Thinking, Fast and Slow (2011) : ce qui a été dépensé par le passé ne doit pas déterminer la décision d’aujourd’hui.
« Se tromper n’est pas un échec. Persister dans l’erreur, c’est cesser de découvrir. » > Adapté du cadre de Viktor Frankl
Le point de vue de Cevvela
- Le sentiment de « ne pas être dans la bonne filière » n’est pas une fin en soi, mais une question. Il faut d’abord déterminer s’il s’agit d’une situation temporaire ou permanente.
- En Turquie, le changement de filière, la double spécialisation et le passage à un niveau supérieur sont des options légales et pratiques ; elles ne doivent pas être écartées sans avoir été évaluées.
- Terminer sa filière est une option, mais l’argument « je suis déjà à mi-parcours » ne suffit pas à lui seul (Kahneman, 2011).
- Prendre cette décision en se disant « je vais serrer les dents et aller jusqu’au bout » ou « je laisse tout tomber » rend les options intermédiaires invisibles.
- Pour y voir plus clair, le coaching est un processus différent de la prise de décision ; il s’agit d’abord de comprendre ce que l’on veut.
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