Top-down et bottom-up
Les approches psychothérapeutiques se regroupent autour de deux grandes orientations : top-down (du haut vers le bas) et bottom-up (du bas vers le haut).
Les approches top-down — thérapie cognitive et comportementale, thérapie psychanalytique, thérapie par la parole — travaillent par le langage, le sens, les croyances et la pensée. Les schémas de pensée évoluent, le sens se recadre, les dynamiques relationnelles deviennent visibles en les nommant.
Les approches bottom-up — Somatic Experiencing, psychothérapie sensorimotrice, EMDR, Hakomi — travaillent par l'état corporel, le mouvement, la respiration et la régulation physiologique. Le corps passe en premier ; la mise en sens et le traitement verbal viennent ensuite.
L'ouvrage de Bessel van der Kolk, Le Corps n'oublie rien (2014), a clarifié cette distinction dans le contexte du trauma. Les expériences traumatiques peuvent ne pas accéder au système langagier — l'aire de Broca (responsable de la production de la parole) peut se désactiver au moment du récit traumatique. Dans ce cas, accéder à cette expérience par les mots devient difficile, voire impossible. Les approches bottom-up ouvrent une autre porte pour contourner cet obstacle.
Le Somatic Experiencing de Peter Levine
Peter Levine a développé son approche de Somatic Experiencing (Waking the Tiger, 1997) à partir de l'observation du comportement animal. Son intuition fondatrice : après une menace, les animaux achèvent leur réponse de stress par des tremblements, des secousses et du mouvement. Les êtres humains, eux, inhibent le plus souvent cette complétion.
Le Somatic Experiencing cherche à atteindre ces réponses inachevées par le corps. En séance, cela passe par l'attention portée aux signaux corporels, par la reconnaissance de signes de complétion somatique — un léger tremblement, une vague de chaleur — et par la création d'un espace sécurisant où ce processus peut se dérouler.
Quand la thérapie par la parole ne suffit pas
La thérapie par la parole est efficace dans bien des situations. Mais elle atteint ses limites dans certains cas précis.
Lorsque l'expérience est inaccessible par le langage : « Je ne sais pas ce que j'ai ressenti, il se passe juste quelque chose dans mon corps. » Dans ce cas, il n'y a pas de matière première pour parler.
Lorsque les réactions corporelles persistent malgré un travail de compréhension : on comprend, mais le cœur s'emballe encore ; on raisonne, mais le ventre reste noué. La mémoire implicite n'a pas été touchée par le traitement cognitif.
En présence de dissociation : quand le lien avec le corps est rompu, la thérapie par la parole peut rester en surface.
Le coaching à médiation somatique : un usage distinct
La thérapie somatique est une intervention clinique. Le coaching à médiation somatique, lui, est orienté développement — il s'agit d'intégrer les signaux corporels à la prise de décision, à la performance et à la connaissance de soi.
Ces deux démarches servent des objectifs différents, et cette distinction doit être préservée. Le coaching ne s'adresse pas aux symptômes cliniques ; il vise à déployer un potentiel de développement.
« Le trauma se vit sans mots. Et sa guérison commence souvent sans eux aussi. » > Bessel van der Kolk, Le Corps n'oublie rien, 2014
Le regard Cevvela
- Les approches top-down (par la parole) et bottom-up (somatiques) fonctionnent par des mécanismes différents — elles ne se font pas concurrence, elles se complètent.
- Les expériences traumatiques peuvent ne pas accéder au système langagier ; dans ce cas, les approches bottom-up deviennent essentielles (van der Kolk, 2014).
- Le Somatic Experiencing cherche à atteindre les réponses de stress inachevées par le corps (Levine, 1997).
- La thérapie somatique est une intervention clinique ; le coaching à médiation somatique est orienté développement — cette distinction est importante et doit être respectée.
- Dans un cadre de coaching, Cevvela utilise des outils de conscience somatique — il ne s'agit pas d'une intervention clinique.
