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Cevvela·6/11/2026·8 min de lecture

La psychologie de l'incapacité à fixer des limites

Le problème n'est pas une question de volonté

La phrase « Encore une fois, je n'ai pas su dire non » s'accompagne souvent d'une autocritique : suis-je une personne faible, pourquoi suis-je comme ça ? Ce cadre de réflexion est à la fois trompeur et stérile.

Harriet Lerner, dans ses travaux cliniques menés depuis des décennies sur les dynamiques relationnelles, définit l’incapacité à fixer des limites non pas comme un trait de caractère, mais comme une stratégie d’adaptation acquise (The Dance of Anger, 1985). Si, dès son plus jeune âge, un enfant fait l’expérience que « lorsque j’exprime mes besoins, la relation est menacée », son système nerveux encode cela comme une règle. À l’âge adulte, cette règle continue de fonctionner de manière invisible.

C’est quelque chose d’appris. Et ce qui est appris peut être modifié.

D’où vient ce besoin d’approbation ?

La théorie de l’attachement de John Bowlby explique cette dynamique (Attachment and Loss, 1969). L’approbation de la figure d’attachement au cours de la petite enfance est un signal de sécurité pour le cerveau. L’approbation conditionnelle, c’est-à-dire le schéma « je t’aime quand tu te comportes bien, je me retire quand tu exprimes un besoin », enseigne au système nerveux une leçon : pour rester en sécurité, adapte-toi, cache tes besoins.

Cette leçon agit à l’inconscient. La panique qui surgit à l’âge adulte lorsqu’un désir est rejeté ou qu’une limite est imposée est l’écho de cet apprentissage précoce. La pensée « Si je dis non, je perdrai cette relation » peut être évaluée de manière rationnelle, mais ce que l’on ressent est bien plus immédiat et physique.

Le coût invisible de l’incapacité à fixer des limites

Continuer sans fixer de limites permet de préserver la paix à court terme. Mais les tensions s’accumulent.

Dans ses recherches, Brené Brown observe qu’au fil du temps, une colère latente s’accumule chez les personnes dont les limites ne sont pas clairement définies (Daring Greatly, 2012). Cette colère n’est souvent pas exprimée directement ; elle se manifeste sous forme d’agressivité passive, de fatigue, de retrait émotionnel ou de réactions disproportionnées qui éclatent soudainement.

C’est souvent là que naît le sentiment : « Je fais tant de choses, et personne ne le voit ». Mais ces « tant de choses » consistent souvent en des actions accomplies malgré soi, sans être exprimées, et en contradiction avec soi-même.

Fixer des limites pour préserver la relation

La croyance la plus répandue concernant la fixation de limites est la suivante : « Si je le dis, je vais blesser l’autre, je vais être blessé(e) et la relation va se détériorer. » Des recherches remettent en question la validité de cette croyance.

La conclusion de Brown : les personnes qui ont des limites claires établissent des relations plus durables, avec moins de ressentiment. Car dans ces relations, on ne tient pas de compte caché. Ce qui doit être dit est dit, rien ne s’accumule.

La phrase qui exprime la limite n’est pas difficile en soi : « Je ne peux pas faire ça », « Ça ne me convient pas », « J’ai une limite à ce sujet ». Ce qui est difficile, c’est de laisser passer cette phrase sans réprimer la tension physique qui l’accompagne.

« Les limites ne sont pas le langage de la colère, mais celui de l’estime de soi. » > Brené Brown, Daring Greatly, 2012

Le point de vue de Cevvela

  • L’incapacité à fixer des limites n’est pas une question de volonté ; il s’agit d’une adaptation apprise dès la petite enfance à partir d’expériences d’approbation conditionnelle (Lerner, 1985).
  • Le besoin d’approbation provient de l’apprentissage précoce de la sécurité, tel que le prévoit la théorie de l’attachement (Bowlby, 1969).
  • Dans les relations sans limites, une colère latente commence à s’accumuler ; cette colère nuit souvent davantage à la relation qu’un conflit ouvert (Brown, 2012).
  • Fixer des limites, ce n’est pas rompre la relation ; c’est la faire évoluer vers un terrain plus durable.
  • Dans ce processus, le coaching peut être utilisé non pas pour trouver la phrase qui énonce la limite, mais pour identifier le schéma qui empêche cette phrase d’être formulée.

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