À qui appartient cette voix ?
Lorsqu’on prend une décision concernant sa carrière, il est parfois difficile de se rendre compte de ceci : cette décision vient-elle vraiment de moi, ou s’agit-il d’une attente que j’ai intériorisée ?
« Que ce soit un emploi sûr » — est-ce la voix de ta mère, ou ta propre valeur ?
« Que ce soit un poste prestigieux » — s’agit-il de l’approbation de ton père ou de tes propres priorités ?
« Je dois devenir entrepreneur » — s’agit-il d’une pression exercée par ton entourage ou d’une véritable motivation ?
Il est possible de distinguer ces voix les unes des autres. Mais cela ne se fait pas toujours naturellement.
Comment s’ancrent les attentes extérieures
La théorie de l’autodétermination d’Edward Deci et Richard Ryan définit trois types de motivation (2000) : intrinsèque (issue de mes propres valeurs), identifiée (adoptée parce que je la trouve importante) et extrinsèque (pour me conformer aux attentes d’autrui).
Ces trois types s’entremêlent souvent. Une personne qui a longtemps grandi sous le poids des attentes familiales peut finir par percevoir ces attentes comme « sa propre valeur ». Cette intériorisation opère à l’inconscient.
Il existe un signe permettant de le repérer : au moment de prendre une décision, le cerveau se demande-t-il « est-ce le bon choix ? » ou « que se passerait-il si je m'en écartais ? »
Le concept de différenciation de Murray Bowen
Dans la théorie des systèmes familiaux de Murray Bowen, la « différenciation » est définie comme la capacité d’une personne à distinguer ses propres pensées et sentiments des attentes de sa famille (Family Therapy in Clinical Practice, 1978).
Un faible niveau de différenciation se manifeste de différentes manières : avant de prendre une décision, la question « que dirait la famille ? » prend le pas sur « qu’est-ce que je veux ? » ; on restreint ses choix par crainte de perdre l’approbation de la famille ; on est sûr de son opinion mais incapable de l’exprimer.
La différenciation ne consiste pas à rompre les liens familiaux. Il s’agit de savoir quelle sera la réaction de la famille tout en choisissant d’avancer selon son propre jugement.
Test pratique pour les choix de carrière
Lorsque l’on envisage un choix de carrière, deux questions se posent :
« Quelle est la véritable raison pour laquelle je choisis cette voie ? » — La curiosité, le sens, l’énergie, l’épanouissement ? Ou bien le fait de ne pas décevoir, de ne pas être jugé, d’obtenir l’approbation ?
« Est-ce que je choisirais quand même ce métier si personne n’était au courant ? » — Cette question élimine l’approbation sociale de l’équation et révèle la véritable source du choix.
Si la réponse à la deuxième question est « non », cela indique que la décision est motivée par des pressions extérieures. Ce n’est pas un jugement ; c’est un constat. Et il est possible de travailler avec ce constat.
Décision indépendante et relation
L’inquiétude la plus courante : « Si je prends ma propre décision, je vais décevoir ma famille, et cela nuira à notre relation. »
Les recherches de Brené Brown abordent cette crainte sous un angle différent (Daring Greatly, 2012) : les relations fondées sur l’honnêteté sont, à long terme, plus saines tant pour la personne que pour le lien qui l’unit à l’autre. Une personne qui s’adapte constamment finit par s’épuiser elle-même et par épuiser la relation.
Il peut y avoir une tension passagère. Mais cette tension coûte moins cher que le ressentiment qui surgira des années plus tard : « J’ai pris cette décision pour quelqu’un d’autre. »
« Tout choix authentique est un acte de courage. » > Adapté de Brené Brown, Daring Greatly, 2012
Le point de vue de Cevvela
- Dans les décisions de carrière, la question « À qui appartient cette voix ? » constitue la première étape pour mettre en lumière les attentes intériorisées.
- Les attentes extérieures peuvent, avec le temps, être perçues comme des valeurs intérieures ; pour les distinguer, il faut examiner la source de la motivation (Deci & Ryan, 2000).
- Se démarquer ne signifie pas rompre les liens familiaux ; il s’agit de pouvoir avancer en se fiant à son propre jugement tout en étant conscient de la réaction de la famille (Bowen, 1978).
- La question « Est-ce que je choisirais quand même ce travail si personne n’était au courant ? » permet de tester la véritable motivation en mettant de côté l’approbation sociale.
- Le coaching peut être utilisé dans ce processus pour distinguer sa propre voix de celle des autres et établir une base décisionnelle autonome.
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