Pourquoi la métaphore de l'équilibre est trompeuse
Le concept d'« équilibre entre vie professionnelle et vie privée » repose sur la métaphore de la balance. D'un côté, le travail ; de l'autre, la vie privée. Lorsque l'un s'alourdit, l'autre s'allège. L'objectif est de maintenir les deux côtés à égalité.
Le problème de cette métaphore : la vie ne fonctionne pas ainsi.
Lorsqu’un enfant est malade, le travail passe au second plan. Lors de la remise d’un projet crucial, les projets familiaux sont reportés. En période de deuil, tout s’arrête. Ces dynamiques ne rompent pas temporairement l’équilibre ; c’est ainsi que fonctionne la vie elle-même. L’objectif d’un équilibre statique est en conflit permanent avec cette réalité et donne constamment le sentiment d’échouer.
Des chercheurs ont pris conscience de ce problème. Stewart Friedman a étudié pendant plus de vingt ans l’intégration entre leadership et vie personnelle à la Wharton School of Business (Total Leadership, 2008). Sa conclusion : les personnes qui mènent une vie à la fois performante et épanouissante ne recherchaient pas « l’équilibre », mais « l’harmonie ». Il s’agit pour les différents domaines de la vie de se nourrir mutuellement, et non de s’annuler les uns les autres.
Que signifie l’harmonie ?
Le modèle de Friedman comporte quatre domaines : le travail, la famille, la communauté et la vie personnelle. L’équilibre consiste à maintenir ces domaines à un niveau égal. L’harmonie, quant à elle, c’est le fait que ces domaines coexistent sans entrer en conflit, voire en se nourrissant mutuellement.
Concrètement, la différence est la suivante : les expériences professionnelles peuvent enrichir la vie familiale, les responsabilités familiales peuvent permettre de mieux hiérarchiser les priorités au travail, et les liens communautaires nourrissent l’identité. Ces domaines ne doivent pas nécessairement s’exclure mutuellement.
Mais pour cela, il faut d’abord savoir ce qui est vraiment important dans chaque domaine. C’est une question de valeurs.
La qualité de l’attention plutôt que l’égalité du temps
Edward Hallowell, dans ses recherches sur l’attention (CrazyBusy, 2006), a constaté que la plupart des gens se sentent toujours vides même lorsqu’ils y consacrent suffisamment de temps. Car le problème n’est pas le temps, mais la qualité de l’attention.
En effet, si les heures passées se résument à « je suis là, mais mon esprit est ailleurs », leur nombre ne signifie pas grand-chose. Si l’on regarde son téléphone à table en famille, le temps passé à table ne crée aucun lien.
Dans le débat sur l’équilibre, le décompte des heures prend le pas sur la question de la qualité. Or, la vraie question est la suivante : quand on est présent, est-on vraiment là ?
Des périodes, pas un équilibre
Dans son ouvrage Deep Work (2016), Cal Newport soutient que la concentration fonctionne par périodes. Des périodes d’intensité et de récupération, plutôt qu’un équilibre permanent. Ce cadre atténue le sentiment de culpabilité : il y a une grande différence entre « je me concentre sur mon travail en ce moment, c’est une période comme ça » et « je dois toujours consacrer autant de temps à tout ».
Cette logique des périodes fonctionne lorsqu’elle est consciente. Lorsque l’on s’engage à dire « Je suis très occupé en ce moment, mais je m’y consacrerai ensuite » et que l’on tient cette promesse, cette période intense n’épuise pas automatiquement les relations ou la santé.
« Le mythe de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée conduit les gens à se sentir constamment en échec. La vraie question n’est pas l’équilibre, mais l’harmonie. » > Stewart Friedman, Total Leadership, 2008
Le point de vue de Cevvela
- La métaphore de l’équilibre statique est en contradiction avec la vie réelle ; chaque surcharge donne l’impression d’un « échec ».
- Le cadre de l’harmonie proposé par Friedman vise à ce que les différents domaines de la vie se nourrissent mutuellement, et non à une répartition égale du temps (2008).
- Ce n’est pas la quantité de temps, mais la qualité de l’attention qui détermine les relations et la satisfaction (Hallowell, 2006).
- La logique des cycles atténue le sentiment de culpabilité : il y a des périodes intenses, mais lorsqu’elles sont vécues en pleine conscience, elles ne mènent pas à l’épuisement.
- Le coaching peut être utilisé dans ce processus pour identifier les véritables priorités dans chaque domaine et gérer consciemment ces périodes.
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