Le Prix de la Fuite face aux Conflits
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Cevvela·6/13/2026·7 min de lecture

Le Prix de la Fuite face aux Conflits

Le Silence N'est Pas Toujours la Paix

«On ne se dispute vraiment pas beaucoup» — cette phrase est parfois dite avec une pointe de fierté. Mais plus de trente ans de recherches sur les relations amoureuses menées par John Gottman invitent à la lire autrement.

Gottman a observé des couples en laboratoire, enregistré leurs façons de se disputer, les a suivis sur des années. Son constat : ce qui détermine la santé d'une relation, ce n'est pas la présence ou l'absence de conflits, mais la qualité de la communication pendant ces conflits (The Seven Principles for Making Marriage Work, 1999). Chez les couples qui évitent systématiquement les désaccords, la distance émotionnelle s'est creusée avec le temps. Il ne restait plus de terrain commun.

Ne jamais se disputer peut signifier non pas la paix, mais le refroidissement.

Quatre Signaux Qui Alertent

Gottman a identifié quatre modes de communication comme de puissants indicateurs de rupture à venir :

La critique : passer de «tu as mis ça de côté» à «c'est toujours pareil avec toi». S'attaquer à la personne, pas au comportement.

La défensivité : rejeter le retour de l'autre ou le retourner contre lui. «Moi ? Et toi, tu as regardé ce que tu fais ?"

Le mépris : ignorer, railler, minimiser. Selon Gottman, c'est l'indicateur négatif le plus puissant de la santé relationnelle.

La dérobade : se retirer, ériger des murs, se murer dans le silence. Être physiquement présent·e, mais émotionnellement absent·e.

Parmi ces quatre, la dérobade est la forme chronique de l'évitement du conflit. Et dans les recherches, c'est le mode qui prédit le plus fortement la rupture.

Pourquoi l'Évitement est si Séduisant

Fuir le conflit paraît raisonnable. Parce qu'à court terme, ça marche : la tension retombe, le soulagement arrive. Le cerveau enregistre ce circuit et, à la prochaine montée de tension, il propose la même stratégie.

Les recherches de Susan Johnson en thérapie centrée sur les émotions éclairent ce cercle vicieux (Hold Me Tight, 2008) : quand le besoin d'attachement n'est pas comblé, l'un·e cherche à se rapprocher tandis que l'autre, débordé·e, se retire. Ce retrait augmente l'anxiété de celui ou celle qui cherchait la proximité. Plus d'anxiété, plus de pression. Plus de pression, plus de retrait. La boucle se referme.

Rompre ce cycle n'est pas une question de «gagner» le conflit ; c'est une question de rendre visible le besoin qui se cache dessous.

À Quoi Ressemble un Conflit Sain

L'absence de conflit n'est pas un objectif en soi. L'objectif, c'est que le conflit soit éclairant plutôt que destructeur.

Dans le cadre de la thérapie EFT de Johnson, un conflit sain se reconnaît à certains traits : un langage en «je ressens» plutôt qu'en «tu fais toujours» ; la capacité à nommer le besoin qui se cache derrière la plainte ; la possibilité de lire le retrait de l'autre non pas comme une attaque personnelle, mais comme un besoin de régulation.

Ces habiletés ne viennent pas naturellement. Elles s'apprennent.

«Dans les relations, ce qui est dangereux n'est pas le conflit ; c'est qu'en fuyant le conflit, on finit par fuir l'autre." > John Gottman, The Seven Principles for Making Marriage Work, 1999

Ce que Cevvela Retient

  • Éviter les conflits ne préserve pas la paix ; avec le temps, cela génère de la distance émotionnelle et du refroidissement (Gottman, 1999).
  • La dérobade — se retirer, se murer dans le silence — est, selon les recherches, le mode qui prédit le plus fortement la rupture.
  • L'évitement est rassurant à court terme, mais il vide la relation de sa substance sur la durée.
  • Un conflit sain n'est pas l'absence de conflit : c'est une façon de se disputer où les besoins sont nommés et où l'on ne s'attaque pas à la personne (Johnson, 2008).
  • L'accompagnement peut aider à voir son propre rôle dans ces cycles et à ouvrir de nouveaux espaces de communication.
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