L'incertitude ne prend jamais fin
Les entrepreneurs disent parfois : « Si j'avais un peu plus de données, je prendrais une décision. » Ou encore : « Je préciserai mes plans dès que le prochain trimestre se sera clarifié. » Ces phrases semblent raisonnables. Mais la pratique de l'entrepreneuriat prouve qu'elles sont erronées.
L’incertitude n’est pas une situation temporaire ; c’est un environnement permanent. Le marché évolue, les concurrents font des coups inattendus, la dynamique des équipes change, les besoins des clients varient. On ne trouvera jamais de terrain d’entente. La vraie question est la suivante : faut-il attendre que l’incertitude disparaisse, ou apprendre à travailler en son sein ?
Cette différence n’est pas d’ordre performance, mais d’ordre psychologique.
Ce qui est contrôlable et ce qui ne l’est pas
L’une des applications les plus puissantes de la philosophie stoïcienne dans le monde de l’entrepreneuriat réside dans cette distinction : quelles sont les choses sur lesquelles j’ai le contrôle, et celles sur lesquelles je n’en ai pas ?
De Marc Aurèle au livre de Ryan Holiday, The Obstacle Is the Way (2014), cette ligne de pensée affirme qu’il faut consacrer son énergie à ce qui est contrôlable et accepter ce qui ne l’est pas.
Les conditions du marché, les stratégies des concurrents, les décisions des investisseurs — tout cela échappe à notre contrôle. La qualité de la communication avec l’équipe, le processus décisionnel, la hiérarchisation des priorités, la manière de réagir — tout cela relève de notre contrôle. Lorsque cette distinction est clairement établie, l’énergie liée à l’anxiété diminue, tandis que celle consacrée à l’action augmente.
Flexibilité psychologique
Dans le cadre de l’ACT de Steven Hayes, la « flexibilité psychologique » est définie comme la capacité à gérer l’incertitude de manière fonctionnelle (Acceptance and Commitment Therapy, 1999). Cette capacité repose sur trois composantes :
Acceptation : considérer l’incertitude non pas comme un problème à résoudre, mais comme un environnement dans lequel il faut évoluer.
Clarté des valeurs : une boussole intérieure qui permet de savoir dans quelle direction avancer, même dans un contexte d’incertitude.
Action résolue : être capable d’agir conformément à ses valeurs même lorsque tout n’est pas clair.
Les recherches montrent que lorsque ces trois éléments fonctionnent ensemble, la tolérance à l’incertitude augmente. Et il ne s’agit pas d’un trait de personnalité, mais d’une compétence qui s’apprend.
Décomposer l’incertitude en petits éléments
Le cadre de « la porte à sens unique ou à double sens » de Jeff Bezos offre un outil pratique : cette décision est-elle réversible ? Si oui, prenez une décision rapide et tirez-en les leçons. Si non, procédez plus lentement et avec plus de prudence.
Ce cadre aborde l’incertitude sous deux angles distincts. Accorder la même importance à toutes les incertitudes est épuisant. Savoir distinguer les incertitudes qui doivent être résolues cette semaine de celles qui peuvent attendre est essentiel pour bien gérer son énergie.
Le concept d’« antifragilité » de Nassim Taleb (Antifragile, 2012) vient compléter ce point : être exposé à l’incertitude ne doit pas nécessairement affaiblir. Bien structuré, cela peut renforcer. Prendre de petits risques, tirer les leçons de petits échecs, maintenir la souplesse du système : voilà des pratiques qui développent la « force d’adaptation » face à l’incertitude.
« Ce qui a de la valeur pour l’entrepreneur, ce n’est pas la connaissance qui élimine l’incertitude, mais celle qui lui permet de vivre avec. » > Adapté de Nassim Taleb, Antifragile, 2012
Le point de vue de Cevvela
- L’incertitude est l’environnement permanent de l’entrepreneur ; il ne s’agit pas d’attendre qu’elle disparaisse, mais d’apprendre à y travailler.
- Maintenir une distinction claire entre ce qui est contrôlable et ce qui ne l’est pas permet de transformer l’énergie de l’anxiété en énergie d’action.
- La résilience psychologique est une compétence qui s’apprend : acceptation, clarté des valeurs et action résolue (Hayes, 1999).
- Décomposer l’incertitude en petits éléments — prendre rapidement les décisions réversibles, et avec prudence celles qui ne le sont pas — améliore la gestion de l’énergie.
- Le coaching peut être utilisé dans ce processus pour clarifier les limites du contrôle, renforcer la boussole des valeurs et développer la tolérance à l’incertitude.
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