Les écoles de coaching : la différence entre les approches ontologique, systémique et axée sur les solutions
Quand on dit à quelqu’un « je suis en coaching », une seule image vient généralement à l’esprit : un objectif, quelques questions, un plan d’action. Or, la littérature sur le coaching ne repose pas sur une seule méthode, mais sur des écoles très différentes les unes des autres. Certaines visent à modifier le comportement du client, d’autres remettent en question la manière dont celui-ci se perçoit et interprète le monde. Dans les deux cas, il s’agit bien de coaching, mais les questions posées ne sont pas les mêmes.
Deux axes fondamentaux : le comportement ou le sens ?
Reinhard Stelter, de l’université de Copenhague, met en avant une distinction lorsqu’il aborde l’évolution du coaching. D’un côté, on trouve le coaching orienté vers l’objectif et axé sur la performance ; cette tradition fixe un objectif clair, évalue la réalité, classe les options et aboutit à une décision d’action. De l’autre côté, on trouve l’approche qui considère le coaching comme un processus de construction de sens ; ici, l’objectif n’est pas nécessairement de produire un changement de comportement, mais d’amener le client à réexaminer avec lui son histoire, son identité et sa relation au monde.
Cette distinction n’est pas abstraite ; dans la pratique, elle se traduit par deux types de questions différents. Dans le premier cas, le coach demande : « Où veux-tu aller, et comment y arriveras-tu ? » Dans le second, le coach demande : « Comment te racontes-tu cette histoire, et un autre récit est-il possible ? »
Le coaching ontologique : le langage est une action
Le coaching ontologique est une approche fondée par Fernando Flores, Rafael Echeverría et Julio Olalla, s’inspirant des pensées de Heidegger et d’Humberto Maturana. Selon cette école, une personne ne change pas en se fixant directement des objectifs, mais en prenant conscience de sa propre manière « d’être » et de ses habitudes d’interprétation du monde. Le langage, ici, ne se contente pas de transmettre des informations, il construit la réalité ; une parole est aussi une action. C’est pourquoi le coach ontologique s’intéresse davantage à l’interprétation qui sous-tend les propos du client qu’à ce qu’il dit.
Le coaching axé sur les solutions et la psychologie positive
Le coaching axé sur les solutions a été transposé au domaine du coaching à partir des travaux de Steve de Shazer sur la thérapie brève. Plutôt que de chercher à remonter à l’origine du problème, il se concentre sur la description par le client de l’avenir qu’il souhaite et sur la manière dont il peut s’en approcher grâce aux ressources dont il dispose déjà. Le client est ici considéré comme « l’expert de son propre cas ».
Le coaching en psychologie positive s’inspire quant à lui des recherches de Martin Seligman sur le bien-être ; il s’intéresse davantage aux points forts qu’aux faiblesses, à la compréhension et à l’engagement plutôt qu’aux manques. Ces deux approches s’entremêlent souvent, car elles positionnent toutes deux le client non pas comme la victime du problème, mais comme le détenteur des ressources.
Coaching systémique et narratif
Le coaching systémique ne considère pas l’individu isolément, mais comme un maillon au sein de sa famille, de son équipe ou de son organisation. Il défend l’idée qu’il est nécessaire de comprendre le réseau relationnel dans lequel une personne évolue pour appréhender son comportement. Le coaching narratif, quant à lui, se concentre sur l’histoire que le client raconte à son sujet ; il considère l’identité non pas comme une réalité figée, mais comme une fiction qui peut être réécrite en permanence. Tous deux posent la question « le problème réside-t-il dans la personne ou dans la relation ? » sous des angles différents.
Le modèle GROW : structure et limites
Le modèle GROW (Objectif, Réalité, Options, Volonté), développé par John Whitmore, reste la structure de coaching la plus couramment utilisée, car il est clair et facile à enseigner. Cependant, la littérature souligne une lacune de ce modèle : il manque un lien reliant l’intention à un comportement durable. Une personne peut parvenir à une décision claire lors d’une séance, mais faire en sorte que cette décision se transforme en habitude dans la vie quotidienne est un travail à part entière. C’est pourquoi les chercheurs proposent des versions élargies telles que GROWS, qui ajoutent au modèle une étape de pérennisation du comportement.
Les normes ne choisissent pas une école, mais un processus
La Fédération internationale de coaching (ICF), dans son cadre de compétences fondamentales mis à jour en 2025, ne s’appuie pas sur une école de pensée particulière. Elle regroupe huit compétences dans quatre domaines : les compétences fondamentales, l’établissement de relations, la communication efficace, l’apprentissage et le soutien au développement. Cela signifie que l’ICF engage le coach à adhérer à un processus plutôt qu’à une école de pensée ; quelle que soit l’approche utilisée par le coach, c’est la qualité de la relation qu’il établit avec le client et sa manière d’écouter qui priment. D’autres organisations professionnelles, comme l’EMCC, gèrent de la même manière des systèmes de portfolio fondés sur les compétences relationnelles plutôt que techniques.
Le point de vue de Cevvela
- Le coaching n’est pas une méthode unique, mais un domaine qui s’articule autour d’au moins deux questions différentes (le comportement ou le sens) ?
- Le coaching ontologique considère le langage comme une action et s’intéresse aux habitudes d’interprétation du client.
- Le coaching axé sur les solutions et la psychologie positive considère le client comme le propriétaire de la source et non du problème.
- Le modèle GROW offre une structure claire, mais l’étape consistant à relier l’intention à un comportement durable nécessite un travail distinct.
- Les organisations professionnelles telles que l’ICF ne privilégient pas une école de pensée particulière, mais accordent la priorité à la qualité de la relation et de l’écoute.
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